Par Gervais Dassi
Date inscrite dans le calendrier comme une célébration dédiée à la femme ou plus précisement au droit de la femme, le 8 Mars retient l’attention de la communauté internationale depuis au moins 1982, sous l’impulsion d’Yvette Roudy, ministre française déléguée aux droits des femmes. Mais avant elle, le 8 mars 1914, les femmes socialistes organisent de nombreux événements à Berlin, en particulier pour revendiquer le droit de vote. Ce qui marque le début d’une volonté affichée de la gente féminine de se soustraire de la domination que leur impose la société. Une domination qui fait de la femme, le sexe faible, si elle n’est pas pour certain un objet, une chose à utiliser pour d’autres, à sa guise et selon ses impulsions.

Pourtant, étendre les libertés, l’éducation et les opportunités offertes aux femmes est la clé d’une croissance économique inclusive. Cela est vrai pour le monde entier, et particulièrement vrai pour l’Afrique, laisse entendre l’ancien président du Mozambique, Joaquim Chissano.
Permettre aux femmes d’accéder à une éducation de qualité s’avère donc d’une importance cruciale pour l’humanité entière. «Éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation» – James Emman Aggrey, l’intellectuel ghanéen. D’ailleurs, l’article 26 de La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) formellement et universellement reconnus par par tous les pays en 1948 le notifie avec insistance. « Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire.»
Dans la même veine, l’ancienne first lady des Etats-Unis d’Amérique Michelle Robinson-Obama dans un discours prononcé lors de la Journée internationale des droits des femmes en 2016, intitulé “Let Girls Learn” souligne : “La capacité à lire, écrire et analyser ; la confiance nécessaire pour pouvoir défendre ses droits et exiger justice et égalité ; les compétences et les relations qui ouvrent des portes et permettent à chacun de trouver sa place dans la société – tout cela commence par l’éducation.”
Les femmes qui ont accès à une éducation de qualité bénéficient d’une augmentation de leur revenu et prennent mieux soin de leur famille. C‘est le résultat d’une étude menée en Asie du Sud plus précisément au Bangladesh, par deux économistes, Abhijit V. Banerjee et Esther DUFLO, auteurs du livre Repenser la pauvreté.
C’est dire combien le droit à l’éducation des filles et des femmes doit être un défi commun pour l’humanité entière. Un défi au carrefour des autres comme l’a si bien dit Malala Yousafzai, militante pakistanaise des droits des femmes, sur le cas du Nigéria : aucun des nombreux défis auxquels fait face le pays ne peut être surmonté sans l’éducation. Aujourd’hui, des dizaines de millions d’enfants des pays pauvres surtout ne vont pas à l’école ; et parmi eux, il y a surtout des filles. C’est un drame pour ces dernières, un gâchis considérable de richesses humaines et une menace pour l’avenir de ces pays.
Il est temps de remonter la pente en agissant véritablement sur le terrain pour corriger les inégalités liées à l’éducation.
Le 8 Mars, une journée de légumes et de pagnes qui laissent persister les maux qui minent la femme ?
A travers son essai provocateur « Le 8 Mars : Fête de pagne ou de défilé ? », l’écrivaine tchadienne Sobdibé Kemaye invite à dépasser les apparences festives pour nous interroger sur la véritable signification de cette journée. Cette œuvre de Kemaye n’est pas simplement une critique acerbe de la fête du 8 Mars. Elle est plutôt un appel à une introspection collective sur la place de la femme dans notre société.
Loin d’une parade annuelle sans réelle incidence sur la condition des femmes, cette journée doit se positionner pour évaluer les acquis et définir les véritables orientations d’une société plus inclusive, une société où l’éducation des filles et des femmes est une priorité. Ce n’est qu’à ce prix que l’humanité pourra espérer les retombées tangibles de la célébration.
En cette énième journée du 8 Mars, plongeons nous sur la responsabilité de chacun, hommes et femmes, dans la promotion de l’égalité des sexes. Interrogeons-nous sur le véritable impact de nos actions en faveur des femmes.
Apprenons à dépasser les apparences festives et faisons de l’éducation le pilier fondamental au cœur des actions en faveur de l’émancipation des femmes. Travailleons collectivement à créer une société où la femme n’est pas seulement célébrée un jour par an, mais reconnue et valorisée chaque jour.
DAG
