Une rumeur, à l’heure du smartphone, peut traverser un quartier en quelques minutes. Elle peut très rapidement faire le tour d’une ville en une heure et s’installer dans les esprits longtemps même avant qu’un démenti officiel n’arrive. La circulation rapide de l’information, au Bénin comme ailleurs en Afrique, est une opportunité formidable. Toutefois, lorsqu’elle repose sur des contenus faux, tronqués ou manipulés, elle peut fragiliser la confiance, semer la peur et troubler la paix sociale. C’est ce qui amène à cette question essentielle : pourquoi vérifier avant de partager ? Préoccupations fondamentales pour appréhender le rôle du fact-checking dans le maintien de la paix au Bénin et dans le reste du monde. 

l’information, un pouvoir à manier avec responsabilité

L’homme politique et écrivain britannique Edmund Burke à la fin du XVIIIe siècle et un peu plus tard, Honoré de Balzac en France vers 1840 n’ont-ils pas soutenu que l’information est le quatrième pouvoir ? Après  celui législatif, exécutif et juridique. L’explosion du téléphone portable et d’internet qui a transformé chaque citoyen en relais d’information, mettant ainsi dans ses mains un outil de pouvoir leur a davantage donné raison. 

Aujourd’hui, chacun peut publier, commenter, alerter, dénoncer ou diffuser une actualité en quelques secondes grâce à WhatsApp, Facebook, TikTok, X, Telegram ou les groupes communautaires. Vérifier une information avant de la partager n’est pas un détail technique : c’est un acte de responsabilité sociale. 

Pourquoi les fausses informations circulent vite

Les algorithmes des réseaux sociaux sont construits de manière à récompenser ce qui attire l’attention : émotion, surprise, indignation, peur, scandale. Cette récompense qu’offrent les plateformes numériques fait qu’un message choquant aura souvent plus de réactions qu’un contenu nuancé. Résultat : les rumeurs voyagent vite, grâce à la vitesse qu’offrent les réseaux sociaux. 

Lorsqu’une information arrive dans plusieurs groupes à la fois, elle peut sembler crédible pour la simple raison qu’elle est partout et donc. Or, une personne sincère peut diffuser un fake news au Bénin sans mauvaise intention, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les pires maux proviennent des meilleures intentions disait l’adage. 

Le poids de l’émotion joue aussi un rôle de premier plan dans la propagation rapide des fakes news. Les contenus qui font peur, mettent en colère ou provoquent l’indignation déclenchent des réactions immédiates. Une prétendue alerte sur la sécurité, une accusation contre une personnalité, une rumeur communautaire ou une image dramatique poussent souvent à cliquer sur “transférer” avant même de réfléchir. C’est humain. 

Les conséquences sur la cohésion sociale

La peur se propage vite lorsque les liens sociaux sont serrés, ce qui touche un quartier touche rapidement plusieurs familles. Les fake news peuvent opposer des groupes : jeunes contre anciens, ville contre campagne, communautés entre elles, partisans d’opinions différentes, institutions contre population. Lorsqu’un mensonge se répète, il installe le soupçon. 

Une société qui doute de tout devient plus fragile. La confiance est pourtant l’un des piliers de la paix sociale. Quand le faux occupe l’espace, le vrai peine à se faire entendre. Les sujets importants — emploi, éducation, santé, développement local, innovation, culture — passent au second plan. La société perd du temps à répondre à des intox au lieu d’avancer sur les vrais enjeux. 

Les bons réflexes avant de partager

Avant de partager toute information certaines préalables sont à observer, il est important de se poser les bonnes questions pour identifier la source de l’information. Qui publie l’information ? S’agit-il d’un média reconnu, d’une institution officielle, d’un journaliste identifié, d’un expert crédible ou d’un compte anonyme ? Un message sans auteur clair mérite une grande prudence.

Examiner les images et vidéos minutieusement, ce travail est davantage important dans un contexte fortement marqué par l’utilisation massive des IA génératives. Certaines images impressionnent, mais elles sont totalement trompeuses et fausses. A qui profite ces contenus ? cherche-t-ils à informer ou à diviser ? À éclairer ou à exciter ? À expliquer ou à salir ? Cette simple question aide souvent à prendre du recul. 

Le rôle des médias et des citoyens

L’essor rapide du numérique s’accompagne parfois d’un déficit d’éducation aux médias dans de nombreux pays africains. L’accès à Internet progresse plus vite que l’apprentissage des bonnes pratiques informationnelles, plus spécifiquement de la citoyenneté numérique. Ce décalage crée un terrain favorable aux intox, à la désinformation à travers les réseaux sociaux, aux montages trompeurs et aux faux comptes. Cela et rend indispensable des programmes de formation sur le fact checking Bénin et partout ailleurs. 

La responsabilité première d’un média professionnel est d’informer avec rigueur ce qui implique de sa part : une vérification des faits, croisement des sources, une contextualisation des chiffres, une correction des erreurs et surtout un refus de faire dans le  sensationnalisme. 

De nombreuses rédactions locales; presse écrite, les radios, les télévisions, les sites d’information et les médias digitaux; ont besoin d’affiner les compétences de leurs journalistes, notamment ceux spécialisés en fact-checking. Elles leur permettent ainsi de mieux  lutter contre la désinformation au Bénin, en procédant à l’examen des affirmations publiques, à la vérification des chiffres, à retracer l’origine d’images, à analyser des documents et publier des conclusions claires. 

Informer juste pour préserver la paix

Lorsque vous refusez de partager un faux message, vous protégez : un voisin injustement accusé ; une famille inutilement paniquée ; une communauté stigmatisée ; un quartier mis sous tension ; un débat public détourné. Le combat contre les fake news ne se gagne pas seulement avec la technologie. Il se gagne avec des habitudes : prendre le temps ; douter sainement ; chercher la preuve ; écouter plusieurs voix ; accepter la correction ; valoriser les faits. 

En faisant de la vérification de l’information un réflexe national au Bénin, le pays peut devenir une référence régionale de citoyenneté numérique responsable. Dans les familles, les écoles et au sein des communautés, les populations, notamment les jeunes, doivent apprendre à distinguer information, opinion, publicité et manipulation.  

Les leaders communautaires pour leur part, doivent se rendre compte qu’aujourd’hui plus que jamais leur parole compte. Lorsqu’ils appellent au calme et à la vérification, ils peuvent freiner une rumeur avant qu’elle ne se transforme en tension réelle. 

Dans un monde saturé de messages, la vraie modernité n’est pas de partager vite. La vraie modernité, c’est de partager juste. Une société bien informée est une société plus difficile à diviser. 

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