Du 05 au 07 mai 2026, un Hôtel d’Azové, dans le département du Couffo, a accueilli un important atelier de formation réunissant journalistes, patrons de presse et acteurs communautaires autour des questions de VIH, d’égalité de genre, de droits humains et de communication sensible au genre. Organisée par Plan International Bénin, à travers l’Unité de Coordination du Fonds mondial, avec l’appui financier du Fonds mondial, cette session s’inscrit dans le cadre du projet : « Intensification de l’accès à la prévention du VIH et aux services de traitement pour les populations clés et les PVVIH vulnérables au Bénin ». Pendant trois jours, une trentaine de professionnels des médias issus de radios, télévisions, presse écrite et médias en ligne, aux côtés de représentants d’organisations communautaires, ont pris part à des communications, travaux de groupe, échanges d’expériences et réflexions approfondies autour du rôle des médias dans la lutte contre le VIH et les discriminations.

Une formation pour repenser le traitement médiatique du VIH et des questions de genre

L’objectif de cet atelier était clair : mobiliser les acteurs des médias afin de renforcer leurs connaissances sur les nouvelles tendances de l’infection à VIH, les infections sexuellement transmissibles, les enjeux liés aux populations clés, mais également promouvoir une communication plus inclusive, respectueuse des droits humains et sensible aux réalités de genre. 

Les travaux ont été facilités par plusieurs experts et personnes ressources, notamment Dr Rhonel Ahanhanzo-Glèlè, Dr Oswald Djaito et le coordonnateur Antoine Djèté. Le présidium était composé de Henri Sovi Gnambodé, RED Chef de Tado FM, en qualité de président, et de Débora Houédanou, journaliste reporter d’images à FM Ahémé, comme rapporteure générale.

Dès l’ouverture des travaux, les organisateurs ont insisté sur la nécessité d’un traitement médiatique plus responsable des questions relatives au VIH, aux minorités vulnérables et aux violences basées sur le genre. Les échanges ont mis en évidence le rôle stratégique des journalistes dans la lutte contre les stigmatisations et la diffusion d’informations fiables.

VIH au Bénin : des chiffres préoccupants chez certaines populations clés

L’une des communications majeures de l’atelier a porté sur les généralités liées au VIH au Bénin. Les participants ont ainsi revisité l’historique de l’épidémie, les modes de transmission, les stratégies de prévention ainsi que la situation épidémiologique actuelle. 

Selon les données actuelles présentées, la prévalence du VIH au Bénin reste relativement stable autour de 1,2 %. Toutefois, certaines catégories de populations demeurent particulièrement exposées. Les chiffres évoqués au cours de l’atelier révèlent notamment une prévalence de : 

  • 21,9 % chez les personnes transgenres
  • 8,3 % chez les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) ; 
  • 7,2 % chez les travailleuses du sexe
  • 2,1 % chez les consommateurs de drogues injectables.

Les départements du Mono, du Couffo, de l’Ouémé et de la Donga figurent parmi les zones les plus touchées. 

Les facilitateurs ont rappelé que près de 85 % des transmissions restent d’origine sexuelle, contre 10 % pour la transmission mère-enfant et 5 % par voie sanguine. Face à ces réalités, les participants ont été sensibilisés aux différentes stratégies de prévention, notamment l’usage du préservatif, le dépistage précoce, la prévention de la transmission mère-enfant et la promotion des traitements antirétroviraux. 

Le témoignage poignant d’une personne transgenre vivant avec le VIH 

Parmi les séquences les plus marquantes de la formation figure la diffusion du témoignage vidéo de Nina, une personne transgenre, travailleuses de sexe et vivant avec le VIH. À travers son récit, les participants ont été confrontés aux réalités souvent invisibles des discriminations, du rejet familial et des difficultés d’accès aux soins auxquelles font face certaines communautés. 

Cette intervention a profondément nourri les échanges autour de la responsabilité sociale des médias. Plusieurs participants ont reconnu la nécessité d’éviter les discours stigmatisants et de promouvoir des contenus plus respectueux de la dignité humaine.

Focus sur le programme GC7 et les actions menées auprès des populations clés

Le coordonnateur Antoine Djèté a présenté les principales interventions mises en œuvre dans le cadre de la subvention GC7 du Fonds mondial, co-pilotée par Plan International Bénin et le CNLS-TP. 

Ce programme vise notamment :

  • le renforcement de la prévention ciblée ; 
  • l’amélioration de la prévention de la transmission mère-enfant ; 
  • le renforcement du système de santé ; 
  • l’appui psychosocial et juridique aux personnes vivant avec le VIH et aux populations clés. 

Plusieurs actions innovantes ont été évoquées au cours des travaux, notamment :

  • la mise en œuvre de la PrEP ; 
  • le dépistage communautaire ; 
  • les programmes pilotes de méthadone ; 
  • les études bio-comportementales ; 
  • les actions de leadership communautaire ; 
  • l’accompagnement juridique des victimes de discriminations. 

Les échanges ont également permis de mettre en lumière les nombreuses difficultés rencontrées sur le terrain : stigmatisation persistante, pressions policières, obstacles légaux et difficultés d’accès à certaines communautés vulnérables. 

Les médias appelés à jouer un rôle majeur dans l’atteinte des objectifs 95-95-95 

L’atelier a également permis de présenter les directives de l’OMS et de l’ONUSIDA relatives aux objectifs dits « 95-95-95 » à atteindre d’ici 2030 : 

  • 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut ; 
  • 95 % des personnes diagnostiquées bénéficient d’un traitement ; 
  • 95 % des personnes sous traitement obtiennent une charge virale supprimée. 

Pour les organisateurs, les médias ont un rôle crucial à jouer dans l’atteinte de ces objectifs à travers des contenus de sensibilisation, de prévention et d’éducation.

Genre, stéréotypes et orientation sexuelle : des notions clarifiées 

Les participants ont ensuite été répartis en groupes de travail afin d’approfondir plusieurs concepts clés liés au genre et à l’orientation sexuelle. Les travaux ont permis de clarifier des notions telles que :

  • le sexe ; 
  • le genre ; 
  • les stéréotypes ; 
  • l’équité et l’égalité de genre ; 
  • l’identité de genre ; 
  • l’orientation sexuelle. 

Les facilitateurs ont insisté sur la nécessité de déconstruire certains préjugés sociaux afin de favoriser une meilleure inclusion dans les médias et dans la société. 

Réseaux communautaires et défis médiatiques

Les représentants de plusieurs réseaux partenaires, notamment BESYP et le Réseau Sida Bénin (RSB), ont présenté leurs activités ainsi que les difficultés auxquelles ils restent confrontés. Le Réseau Sida Bénin a notamment dénoncé la persistance des discours haineux, du harcèlement et des traitements médiatiques jugés parfois non éthiques à l’égard des communautés marginalisées.

Les échanges ont débouché sur un appel à une collaboration plus étroite entre organisations communautaires et professionnels des médias afin de produire une information équilibrée, responsable et fondée sur les droits humains. 

Une nouvelle loi sur le VIH présentée aux journalistes

L’atelier a également été l’occasion de présenter la nouvelle loi béninoise relative au VIH, adoptée le 09 février 2026. Cette réforme introduit plusieurs avancées importantes, notamment :

  • le renforcement des mesures de prévention ; 
  • la protection des personnes vivant avec le VIH ; 
  • la dépénalisation de certaines situations liées à la transmission ; 
  • des dispositions relatives à la protection en milieu professionnel. 

Une copie de cette loi a été remise aux participants afin de renforcer leur compréhension du cadre légal actuel. 

Des recommandations pour renforcer l’impact des médias 

Au terme des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées :

  • financer davantage d’émissions d’enquête ; 
  • organiser des concours de productions médiatiques ; 
  • renforcer la formation continue des journalistes ; 
  • améliorer l’inclusivité des contenus médiatiques ; 
  • renforcer les partenariats entre médias et organisations communautaires. 

Une dynamique de collaboration saluée à la clôture

La cérémonie de clôture a été marquée par les remerciements adressés aux participants pour leur implication active tout au long des travaux. Les organisateurs ont exprimé le souhait de voir se renforcer durablement la collaboration entre professionnels des médias, acteurs communautaires et structures de prise en charge.

À travers cette initiative, Plan International Bénin et ses partenaires entendent faire des médias de véritables acteurs de transformation sociale, capables de contribuer efficacement à la lutte contre le VIH, les discriminations et les inégalités de genre au Bénin.

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