Alléchant et sensationnel, tels sont les qualificatifs pour dire en peu de mots ce qu’est cette œuvre Reste avec moi de la Nigériane Ayòbámi Adébáyò. Œuvre s’étalant sur 42 chapitres inégalement répartis, avec un volume de 349 pages. Honnêtement,  c’est un régal sans égal. La jolie plume de l’autrice, fluide, douce, prenante et imagée, m’a très rapidement et complètement emporté dans cette captivante et émouvante histoire. Et dans son ambiance chaleureuse, je me suis d’emblée retrouvé aux côtés des personnages. Ou du moins du côté  d’un des personnages : Akin.

Reste avec moi : Ayòbámi Adébáyò

C’est un roman puissant et fin qui promène un regard sans indulgence, avec une plume souple et alerte sur nos sociétés (africaines bien sûr !) qui, pour avoir été telles hier n’en ont pas pourtant cessé d’être telles aujourd’hui. Des sociétés où, la femme est du coup considérée comme une infertile, sans pour autant précéder au préalable à des examens médicaux… Une œuvre plongeant tout lecteur dans la socio-culture africaine où la conception sinon la procréation  confère à la femme une place au sein de sa communauté.

Et à dire vrai, ce genre de roman, vous le dévorez sans pouvoir vous arrêter, d’une traite et que vous avez envie de relire une fois la lecture terminée pour voir si vous n’avez pas raté certaines choses, pour y déceler peut-être certains indices qui vous auront échappé à la première lecture.

Autrement dit, cet ouvrage de cette romancière et journaliste nigériane est à la fois douloureux et chaleureux.

Venons-en aux faits !

RÉSUMÉ DE L’ŒUVRE

Yejide et Akin se sont rencontrés pour la première fois lors d’une soirée, alors qu’ils se trouvaient dans une rangée, en attente des billets d’entrée. Du coup, le regard d’Akin était attiré vers elle comme du fer à un aimant. Il l’a trouvée très belle et était prêt à lui déclarer son amour, malgré la présence de sa petite amie qui se trouvait juste au milieu d’eux. Honnêtement, c’est une fille doucereuse. Oui, à la douceur, à la suavité du miel. Elle est d’une beauté naturelle. D’une beauté sauvage. Son teint luit comme un ardent rayon de soleil. Et donc, impossible d’y résister. L’homme parvient à lui déclarer son amour et, au fil du temps, parvient à faire d’elle son épouse. Ils fondent une dynamique famille.

Après quatre bonnes années passées ensemble, le couple n’a pas pu obtenir un enfant. Pour les parents d’Akin, ce dernier doit faire preuve de son droit d’aînesse en leur laissant au moins un héritier avant que le Bon Dieu ne le rappelle auprès de lui. Et d’ailleurs, se marier et avoir des enfants étaient à leurs yeux, un véritable signe de responsabilité et de respectabilité pour un homme. C’est ainsi que la famille d’Akin décide que son fils se marie à une nouvelle femme. Celle qui, selon elle, pourrait lui donner un petit-fils. La mère d’Akin rappelait souvent à Yejide qu’elle ne garderait longtemps sa place dans la maison de son fils que si elle arrivait à lui donner un enfant. Funmilayo c’était le nom de la coépouse de Yejide. Un mariage consenti par Akin contre son gré : l’union a été montée par les parents des deux côtés du couple, représentés par Ya Martha et Baba Lola). Ce qui finit par mettre le couple dans une forte tension.

Et au regard de l’allure où vont les choses, Yejide décide d’aller à la rencontre de cet homme miraculeux qui se trouve à l’Époustouflante Montagne et dont la bravoure dans la consultation et le soin n’a point d’égale. Arriver à tomber enceinte était la seule issue de sortie de cette situation. Laquelle ? Justement éviter d’être plongée dans la polygamie. Mais comment y parvenir ? Surtout quand on sait que les examens maintes fois faits ne font état d’aucune anomalie ni chez l’homme ni chez la femme. Entretemps, les parents d’Akin la considèrent comme « un homme », que dis-je « un coq ». Pour le simple fait qu’elle n’ait pas connu le goût de la maternité. Mais elle demeure toujours convaincue qu’un jour,  Ciel fera qu’elle puisse tomber enceinte. Elle ne sent pas lassée par les consultations.

Des rituels y afférents ont été organisés. Décidément, ils ont eu des effets favorables : Yejide  était bien évidemment enceinte. La chèvre spécifiquement réservée pour des rituels d’usage semblait s’être transformée en un nouveau-né. Le miracle venait à se produire. Yejide y croit vraiment.

Elle l’annonce à son mari qui n’en croit pas ses yeux. C’était un dimanche à 7h du matin. Yejide quant à elle, se trouve débordée de joie par cette situation. Les temps passent. Elle décide d’aller faire l’échographie. Les résultats font état d’un utérus sans enfant, alors qu’elle se trouvait déjà à sa 4ème mois de grossesse.

Finalement, après des mois d’attente, l’enfant est né. Une cérémonie de baptême de nom est organisée. Olamide était le nom donné à l’enfant. L’ambiance était de taille à cette cérémonie. Le rythme ensorcelant de la musique magnétise la cour familiale du couple. Cependant, elle se terminera mal : Akin poussera Funmi (inconsciemment ou sciemment ?) dans l’escalier et elle en trouvera la mort.

Olamide sera morte elle-aussi, après sa naissance. La cause de sa mort était restée sans échos. Et comme le disent les Saints Écritures, Dieu fait toujours grâce. Un autre enfant sera encore né. Sesan est son nom.

Après avoir perdu son travail, Dotun, frère d’Akin décide de venir passer quelques temps auprès de son frère à Ilesha. Pendant ce temps, son frère se trouvait à Lagos dans le cadre d’une visite de travail. Dotun, depuis un long temps, avait un regard admiratif pour Yejide, la femme de son frère. Depuis toujours, il ne cessait de vanter la rondeur de ses fesses, de complimenter son charme très accru, son teint de rêve, sa démarche harmonieuse, ses hanches flexibles dont l’ondulation (du postérieur) bien dodue laissait imaginer qu’elle dessinait sans le vouloir  le chiffre 8 ; ses seins que l’on prendrait pour des papayes, etc. Bref sa beauté. Bien sûr, il y a une nette intimité entre les deux : Dotun et Yejide. Cette intimité, ils la gardaient précieusement.

Akin avait naturellement cette bonne habitude de faire les visites médicales de toute sa famille. Un jour, il décidait de faire spécifiquement celle de son fils Sesan. Les résultats révélaient que l’enfant souffre d’une anémie falciforme. Et à en croire le Docteur, l’enfant devrait en réalité être atteint de cette maladie que si seulement tous les parents de ce dernier en avaient les gènes. Malheureusement précisera-t-il, de ces deux personnes, seule Yejide en a. Et donc, l’enfant n’est pas d’Akin. L’homme s’en fâchera par la suite. Très fortement. Mais il se ressaisit par la suite. L’enfant va donc mourir.

Akin décida finalement de recourir à son frère Dotun en vue que celui-ci envoie sa femme au septième ciel et en obtienne un enfant. Acte jugé comme une abomination aux yeux de Dotun, alors qu’il a par plusieurs fois fouillé les cuisses de la femme de son frère. Dotun a cette appétence pour les femmes d’autrui. In fine, l’homme finit par acquiescer à la sollicitation de son frère.

Les temps passent. Le couple connaît la naissance d’une enfant. Rotimi est son nom. Nom donné par Moomi dont le sens est « Reste avec moi ».

Et comme convenu, Dotun passe à l’acte. Un jour, Akin surprendra Dotun et sa femme en tenue d’Adam et Ève, sur leur lit conjugal. Il manifesta sa colère si bien qu’il se mit à donner des coups à son frère jusqu’à ce qu’il en soit hospitalisé. Une réunion familiale de réconciliation entre les deux sera convoquée. L’entente se réinstalle entre eux.

Rotimi qui était malade, recouvrera tout petitement et inexorablement sa santé. L’information au sujet de l’impuissance d’Akin a fuité. Yejide qui en a échos, en vient à demander à son mari si cela est effectivement vrai. L’homme tant bien que mal, passe aux aveux. Madame change brusquement de comportement. Elle devait par la suite décider de quitter son mari, en lui laissant une lettre.

Pour conclure, « Reste avec moi » est une œuvre truculente, exubérante, tonitruante et parfois comique sans retenue. Un parfum de révolte permanente s’exalte des pages de roman. Roman à la croisée de plusieurs thèmes.

QUELQUES THÈMES ABORDÉS DANS L’ŒUVRE

Cette toute première œuvre d’Ayòbámi Adébáyò qui raconte l’odyssée d’un couple en quête d’enfant, pourrait être qualifiée d’un féminisme renaissant. Plusieurs thématiques s’en dégagent.

La polygamie ;

L’infertilité et la quête d’un enfant ;

La domination masculine ;

La soumission de la femme yoruba partant de celle africaine ;

L’inceste (Cf. « Je voudrais que tu me fasses l’amour comme ton frère m’a fait l’amour », chapitre 13.

La politique ;

Etc.

Cette œuvre à la narration homodiégétique alternant plusieurs voix narratives (polyphonie narrative), déstructurant l’ordre canonique du roman (présence à profusion des anachronies narratives : des prolepses et des analepses),  peut se lire du point de vue intertextuel (pour ainsi reprendre le concept de Julia Kristeva). Ces intertextes se traduisent par la présence implicite et explicite des : chants (chapitres : 16, 31,35…) ; contes (chapitre 35) ; proverbes « Avant d’accuser l’escargot d’être lent, attachez votre maison sur vos dos et portez-la pendant une semaine », adages « Yejide, l’amour c’est se mettre à l’épreuve. » etc.) ; l’évocation de l’Autorité divine à travers le recours à la Sainte Bible (cf. par exemple Immaculée Conception : chapitre 8 ; Dieu : « … avant d’implorer Dieu pour qu’il me donne un enfant… », Chapitre 2, «…Mais délivre-nous du mal », etc.) ; le recours aux noms des personnages propres à la communauté yoruba (Moomi, Ijale, Juwon, etc.), aux noms des plats (foufou, attiéké, etc.), aux noms des lieux (Ilaje Street, Ilesha, etc.).

L’intertextualité peut se remarquer aussi par la présence d’une lettre explicitement citée par l’autrice : « Chers Monsieur et Madame Adio (…) Nous vous laissons le temps de rassembler cette somme…chapitre 12)…

APPRÉCIATION DE LECTURE

Cette œuvre crée une symphonie de désir, de passion et de compassion. Elle peint notamment notre société contemporaine à la solde des préjugés fondés sur de pures élucubrations ou de superstitions. L’autrice sait ce qu’elle dit et le dit bien ! Pas de termes confus, détournés ou inutilement abscons. Tout est rendu avec sobriété.

Ce roman, tel un feu d’artifice, s’irradie en irriguant les périmètres les plus étendus de nos esprits largement colonisés par les préjugés, les superstitions, les… C’est un roman que j’ai relu deux fois : une première fois pour lire les mots et une seconde fois pour y déceler le dire de l’autrice.

C’est une très belle lecture d’une romancière que j’apprécie décidément beaucoup. 20 /20 comme note.

Mbaïnaïssem Josué 

Références 

ŒUVRE : Reste avec moi | GENRE : Roman | AUTRICE : Ayòbámi Adébáyò | ANNEE ET MAISON DE PUBLICATIONS : 2020, J’ai luRédigé pour le challenge de lecture je lis chaque organisé sur la page facebook l’ivre du livre

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